Les réponses de Vincent CAPES

Apprenons à connaître un peu mieux les membres d’ANIMA avec les questions suivantes, et c’est à Vincent Capes de s’y coller.

 

Quels sont tes films et disques de chevet, c’est-à-dire ceux sur lequel tu reviens fréquemment, sans que ce soit forcément culte ou ce que tu considères les meilleurs ?

Tellement d’Alan Moore (Filles Perdues, From Hell, V pour Vendetta, The Watchmen), pas mal de John Zorn (Masada, Masada Chamber Ensemble, Electric Masada, plein de File card compositions), Aleister Crowley.

Comme le disait Chris Marker, c’est « l’imparfait du subjectif » !

 

Quel est le film (et/ou la musique) qui définirait ton enfance ?

J’ai grandi en regardant en boucle Le Choc des Titans de Desmond Davis (avec les animations de Ray Harryhausen) et L’Histoire sans fin de Wolfgang Petersen. Et j’ai un souvenir assez fort de Princess bride de Rob Reiner au cinéma quand j’avais 7 ans.

Je n’étais déjà plus un enfant quand il est sorti, mais celui qui pour moi résume le mieux l’enfance c’est Le Voyage de Chihiro de Hayao Miyazaki.

 

Quel est le film (et/ou disque) que tu aurais aimé faire ?

Chantons sous la pluie de Stanley Donen & Gene Kelly, La Clepsydre de Wojciech Has, Inauguration of the Pleasure Dome de Kenneth Anger, et n’importe quel Paradjanov.

 

Quel film/disque te donne envie d’être quelqu’un de meilleur ?

Ce n’est ni un film ni un disque : Prométhéa de Alan Moore et J.H. Williams III. Profondément.

Sinon, il y a Eleanor Rigby des Beatles (parce que ce morceau me donne envie de faire plus attention aux autres), No More Bad Future de Hangedup (car il me donne envie de ne pas reproduire mes erreurs), La Vierge aux Rochers de Léonard de Vinci et Spem in Alium de Thomas Tallis (parce que ces deux œuvres me mettent cet état rare de plénitude). Et le rire de Roland Topor !

 

Quel est le dernier livre que tu aies lu ?

Je lis toujours plusieurs livres en même temps, mais les derniers que j’ai terminés sont : Le Dîwan de la poésie arabe classique -un choix de Adonis-, La Main Gauche de David Lynch de Pacôme Thiellement et Dracula de Bram Stoker.

 

Et la dernière BD ?

New National Kid de Suehiro Maruo et je me réjouis d’avance de terminer Locke & Key dont le 6ème volume vient tout juste de sortir.

 

Un chef-d’œuvre que tu penses sous-estimé ?

An Electric Storm de White Noise, un disque anglais de 1969 que je me réécoute en ce moment. Toute l’œuvre d’Eyvind Kang, qui me semble être un des musiciens les plus importants de sa génération. Les films de Jack Smith.

Et ce n’est pas tant sous-estimé que jamais assez (re)lu : la revue Le Grand Jeu.

 

Un chef-d’œuvre qui te paraît surestimé ?

Je ne crois pas que ce soit considéré comme un chef-d’œuvre, mais c’est tout de même surestimé : Eternal Sunshine de Michel Gondry. Et tous les films de Tarantino.

 

Un chef-d’œuvre qui te semble indépassable ?

Le Sacre du Printemps de Stravinsky et Nijinski, At Land de Maya Deren, Café Muller de Pina Bausch, La Jetée de Chris Marker, La Nuit du Chasseur de Charles Laughton, Heaven+Earth Magic de  Harry Smith, Stalker de Andreï Tarkovski… En fait, toute la carrière de Tarkovski est un immense chef-d’oeuvre !

Et aussi le Tarot de Marseille, le Sefer Yetsirah et le Yi-King.

 

Quelle est ta BO de film préférée ?

En choisir une seule ? Impossible ! Casanova, Roma et Satyricon de Nino Rota, tellement de Ennio Morricone (Il était une fois dans l’Ouest, Il Sorriso dil Grand Tentatore, Ch’i la Vista Morire, Un Uomo da Rispettare), tellement de Bernard Hermann (Psychose, Vertigo, Le Jour où la Terre s’arrêta, Citizen Kane), Dunwich Horror de Les Baxter, Suspiria des Goblins (mais aussi Zombies, Profondo Rosso et Ténèbres), Twin Peaks de Angelo Badalamenti, A shot in the dark de Henry Mancini, Dead Man de Neil Young, Phantom of the Paradise de Paul Williams…

J’ai une petite pensée pour le film Wild Style de Charlie Ahearn, pour la BO de Superfly par Curtis Mayfield et pour plein de comédies musicales.

 

Et ton clip préféré ?

La plupart des clips de Chris Cunningham (pour Björk, ceux pour Aphex Twin), un paquet de ceux des Beastie Boys, avec en tête Sabotage de Spike Jones (en parlant de lui, j’adore son Weapon of Choice pour Fatboy Slim). Mais j’en oublie des géniaux comme ceux de Mondino ou de Gondry.

 

Quel film te tape sur les nerfs ?

Les films de Klapisch, les films avec Romain Duris ou Audrey Tautou. Les films des frères Dardenne. En fait, la majeure partie du cinéma franco-belge dit « réaliste ».

 

Et quelle chanson t’énerve le plus ?

La plupart des trucs qu’on en tend à la Féria de Nîmes (Le lac du Colemara de Sardou, Je t’emmène au vent de Louise Attaque, Clandestino de Manuo Chao, Tout le bonheur du monde de Sinsémilia, etc.)

 

Quelles séries télévisées t’ont profondément marquées ?

Twin Peaks, Carnivàle, Lost, South Park, les 2 premières saisons de X-Files, Le Prisonnier.

 

Quel est le film/morceau qui te réjouit le plus ?

Comme ça au débotté, je dirais Irma La Douce de Billy Wilder pour le cinéma et pour la musique Sto Let de Iva Bittova, Prelude to 110 or 220 / Women of the World de Jim O’Rourke, Dejà la vida volar de  Victor Jara et le live Spontaneous Inventions de Bobby McFerrin.

 

Quel est le film qui te terrifie le plus ?

Comme pour la B.O., difficile de n’en choisir qu’un seul. Les Innocents de Jack Clayton, La Maison du Diable de Robert Wise, Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper, La trilogie paranoïaque de Roman Polanski, autrement dit Répulsion, Rosemary’s Baby et Le Locataire.

Il y a ceux qui m’ont terrifiés la première fois : Alien de Ridley Scott, The Thing et Halloween de John Carpenter, L’Echelle de Jacob de Adrian Lyne, L’Exorciste de William Friedkin, Possession de Andrzej Zulawski.

Et les séquences traumatiques : La scène du masque dans Le Fantôme de l’Opéra de Rupert Julian, la scène de la mort de la mère de Bambi de Walt Disney, la découverte du visage de John Merrick dans Elephant Man de David Lynch, la scène de la cave de Psychose d’Alfred Hitchcock, la scène du réveil dans les Yeux sans Visage de Georges Franju, celle de l’asile dans le Cercle Infernal de Richard Loncraine ou encore les derniers plans de L’Au-delà de Lucio Fulci.

 

Quelle est pour toi la plus belle histoire d’amour (films, livres, disques confondus) ?

Isis et Osiris, Héloïse et Abélard, Tristan et Iseult, Vivre sa Vie de JL Godard, Tom Traubert qui emmène valser Mathilda.
Il y a la scène du baiser dans Histoire de Fantômes Chinois de Ching Siu-Tung, et bien sûr Le Cantique des Cantiques.

 

Quel livre aimerais-tu voir adapté en film ?

Le Golem de Gustav Meyrink et Le Surmâle d’Alfred Jarry, Là-Bas de Huysmans, Cosmos de Gombrowicz et Le Seuil du Jardin d’André Hardellet.

Pour être plus précis, je ne sais pas si j’aimerais voir ça, mais je serais vraiment très curieux !

 

Y-a-t-il un film ou un disque qui va sortir et que tu attends impatiemment ?

Le nouveau Terry Gilliam. Et j’aimerais voir un jour l’adaptation du Manteau par Yuri Norstein.

En disque : Shade Themes from Kairos (album de Stephen O’Malley, Oren Ambarchi et Randal Dunn chez Drag City), le nouveau EP de Thee Silver Mt. Zion, le prochain Ghédalia Tazartès.

Et en BD, j’attends fébrilement la préquelle de Sandman par Neil Gaiman et J.H. Williams III !

 

Quel est le film que tu prétends avoir vu lors de discussions ?

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’avoir vu un film pour en parler. C’est contradictoire avec certaines de mes convictions, mais je pense qu’au fond c’est vrai. Un extrait, une affiche, une bande-annonce ou une interview peuvent parfois suffire à « avoir vu » un film. C’est une idée de Roland Barthes. Et Serge Daney en parle très bien dans sa relation avec Kapo.

Mais si je dois en choisir un, ce serait Le Genou de Claire, car j’aurais du mal à m’infliger à nouveau la vision d’un des films de Rohmer…

 

Quel film ou disque as-tu découvert avec enthousiasme récemment ?

Mohammad, un trio grec avec Coti K, ILIOS et Nikos Veliotissorti qui vient de sortir Som Sakrifis chez PAN. Pierres sacrées de Iancu Dumitrescu.

Macunaima de Joaquim Pedro de Andrade.

 

Peux-tu citer 5 films et 5 disques qui te surprennent encore aujourd’hui lorsque tu les écoutes ?

Difficile de ne pas commettre d’impairs et d’injustices, mais je m’y risque :

Enter the 36th chamber du Wu-Tang Clan, Grand Guignol de Naked City, White one de Sunn O))) (à cause My Wall), Thinking Out Loud de Pamelia Kurstin (surtout le morceau London), Shape of Jazz to Come de Ornette Coleman.

En films : Le Festin Nu de David Cronenberg, les derniers films de Luis Bunuel, Lost Highway de David Lynch, El Topo d’Alejandro Jodorowsky et Nosferatu de Murnau.

Et je voudrais rajouter aussi les dessins d’Austin Osman Spare, l’œuvre de Hans Bellmer, la revue Le Grand Jeu, quelques bouquins de Pascal Quignard, Le Mariage du Ciel et de l’Enfer de William Blake, Les Chants de Maldoror de Lautréamont, et Celan, Rimbaud, Gherasim Luca et Antonin Artaud.

 

Un mot pour la fin ?

Je vais prendre une phrase de Fred Frith que j’ai entendue hier : « Le silence fait partie du vocabulaire. Vous pouvez vous en servir, et c’est d’ailleurs souvent la meilleure chose à faire. » Un bavard comme moi devrait y penser plus souvent.

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