Des fresques sur les parois secrètes du crâne

Projections de films érotiques et pornographiques au ZO

du lundi 22 au jeudi 25 février à 19h30

 

Les plus vieilles œuvres d’art connues de l’humanité sont des statuettes représentant des femmes aux attributs très développés, dite stéatopyges. On les nomme Vénus de Berekhat Ram, de Lespugue ou de Tan-Tan. La pornographie est vieille comme l’humanité. Depuis les grottes de Lascaux jusqu’aux salles de cinéma, en passant par les cathédrales, l’art vit dans l’obscurité. Les images qui naissent se cachent pour mieux se dévoiler – tout comme les plus belles choses se prononcent à voix basse, dans un souffle chaud, au creux de l’oreille. Ces images sont internes, discrètes, parfois honteuses. L’art est à la recherche de quelque chose qui appartient au monde de la nuit et du secret. La jouissance a quelque chose en commun avec l’art et le rêve. Cette chose est la recherche d’une épiphanie personnelle, d’une « révélation », du dévoilement d’un mystère. Une danse des sept voiles. Chacune de ces révélations est une petite extase dont on sort toujours grandi.

La recherche de cet obscur objet du désir, de Sappho à Suehiro Maruo, en passant par Sade ou Borowczyk, est une mise en jeu de la sexualité et du corps au-delà des concepts d’amour et de raison, des notions de bien et de mal, et qui entraîne le spectateur sur des sentiers bien différents des idées communément admises sur la question. La réaction attendue quand on est dans la position du voyeur dans laquelle nous place la pornographie, est alimentée par nos propres désirs, souvent réprimés, d’où les images tirent leur force expressive. Ce cinéma nous oblige à nous regarder en nous-même.

Il peut y avoir une inscription sociale, politique ou esthétique dans l’érotisme et la pornographie. Il suffit de penser à l’Italie des années 60 et 70 pour comprendre que les péplums, les films de zombie et les films érotiques partagent un point commun : la chair est au centre du film. Quand la répression est trop forte et qu’on refuse une société qui s’aseptise, le meilleur moyen de se sentir vivre est de se rappeler que nous avons un corps, et que celui est instrumentalisé par le pouvoir. Il faut réapprendre à jouir de son corps. La réinscription dans la chair est la première étape pour retrouver sa liberté.

L’érotisme et la pornographie évoluent dans une sphère fantasmatique sans fin. Mais cette sphère est ignorée et les grandes œuvres disparaissent sous le nombre vertigineux de mauvaises créations qui y croupissent. La pornographie a un mal considérable à sortir du carcan anonyme de la consommation, sans parler de la culpabilité et de la honte liée à cette consommation. Il faut savoir goûter les idées et le savoir-faire des créateurs. Mais pour cela, il nous faut développer un jugement critique hors de la sphère morale sociale.

Heureusement depuis quelques décennies, des intellectuels, des artistes ou simplement des gens de bon sens se battent pour déplacer le débat, pour définir des critères esthétiques, artistiques et éthiques afin d’appréhender correctement ces œuvres. Si l’on veut prendre ce genre au sérieux, il nous faut connaître et reconnaître les codes, les clichés et les techniques, et distinguer les chefs-d’œuvre des navets ratés, les produits de consommation des véritables œuvres d’art.

Cette semaine, ANIMA vous propose donc de jeter un œil à travers le trou de la serrure de ce monde méconnu pour découvrir des fantasmes inavoués et des plaisirs insoupçonnés.

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