Halloween (1978) et Halloween (2007)

Dans les années 70, les figures gothiques du cinéma, mise à mal depuis les années 50, deviennent totalement obsolètes. Suspiria en est un peu le chant du cygne. Le public cherche un frisson plus moderne. La Dernière Maison sur la Gauche (1972) et Massacre à La Tronçonneuse (1974) sont passés par là. S’inscrivant dans la lignée du fantastique social, les américains vont inventer un fantastique urbain, plus froid, radical, sans apparats. Avec Black Christmas (1974), Bob Clark a une intuition que le jeune John Carpenter va suivre et affiner pour créer non seulement une icône du cinéma (Michael Myers) mais aussi un genre avec ses codes et ses poncifs (le slasher). Plus que les autres tueurs qui suivront, ce qui fait la force de celui de Carpenter c’est l’épure, l’assèchement auquel il parvient. Michael Myers est une menace irrationnelle, une peur primale que rien ne peut empêcher. Et la façon qu’a Carpenter de filmer les espaces, et de créer des huis-clos (même en extérieur) n’y est franchement pas pour rien.

Epoques différentes, traitements différents, le remake de Rob Zombie prolonge ce que Carpenter ne faisait qu’évoquer de façon très lointaine : l’enfance de Michael Myers. Une famille de prolétaire déclassée, éclatée, un beau-père alcoolique et castrateur, une mère strip-teaseuse, des enfants livrés à eux-mêmes, une violence familiale permanente, voilà le terreau dans lequel Rob Zombie décide plonger les racines de cette figure du Mal, explorant dans la première partie du film ce que Carpenter rendait désespérément absent : l’origine de la pathologie. On assiste à une innocence perdue et à la description de la famille américaine glauque à souhait. Là où Big John ne versait pas dans la psychologisation pour arriver à une incarnation abstraite et métaphysique du Mal, Rob Zombie filme Michael Myers comme la victime la plus dramatique du film et pose la question du déchirement, de l’incompréhension et de la solitude. Edmond Jabès écrivait : « Celui à qui tu tardes de tendre la main paie, seul, le prix de ce retard.
Celui à qui tu ne tends pas la main paie, seul, le prix de ce geste.
Et ce prix, la plupart du temps, est exorbitant » (Un Étranger avec, sous le bras, un livre de petit format, éd. Gallimard, 1989).

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