EFEQUEN de Jérémie MATHES

Les field recordings, comme les drones, peuvent être touchants. Mais pour ça, ils doivent être assez complexes pour à la fois capter l’attention totale de l’auditeur, mais aussi provoquer chez lui une certaine fascination, au-delà d’une contemplation passive, pour le retenir et lui dévoiler un ailleurs mystérieux.
Mais s’il y a trop de complexité dans cette musique, l’édifice s’effondre. Car toute cette musique tient intégralement dans cette fragile spécificité : la capture d’un réel qu’on s’approprie et qu’on manipule pour en garder simplement la substance et le faire accéder à un état supérieur sans en pervertir l’essence. Le sublimer et le révéler. En ça, cette pratique est profondément magique. Burroughs en savait quelque chose.
Jérémie Mathes utilise son enregistreur comme un canal médiumnique, faisant le pont d’un monde sonore à l’autre, simplement en agençant les sons. Il est passé maître dans l’art de traduire le visuel en auditif et inversement. Son travail absorbe l’auditeur et l’attire dans un univers subtil, où les bruits se transforment en musique méditative et se meuvent jusqu’aux bords de l’angoisse et de la mélancolie.
Jérémie Mathes s’intéresse aux textures sonores de l’environnement presque à un niveau moléculaire. En renonçant aux rythmes et aux mélodies, il donne naissance à un monde extrêmement dense, complexe, organique, d’une beauté abstraite et labyrinthique. Et bien qu’elle soit sensitive, intuitive et interne, cette musique n’a rien d’aléatoire. Par un jeu d’emboîtement précis des différents fragments, elle convoque la mémoire des lieux et affiche les stigmates des drames et des tensions qui sont déjà passées et ceux qui arriveront bientôt.
CD ltd to 200 hand numbered copies
2013
40’47
1 / Arrecife
2 / Ciclos
3 / Atlante Del Sol
4 / Los Caletones
5 / El Golfo
Jérémie MATHES : Field Recordings
Défiler vers le haut