HORS-ZONE – Les Funérailles de roses

Un film de Toshio Matsumoto

Avec Pîtâ, Osamu Ogasawara, Yoshio Tsuchiya

Japon | 1969 | 1h48 | N&B

Présenté par Stéphane du Mesnildot


Tokyo, fin des années 1960. Eddie, jeune drag-queen, est la favorite de Gonda, propriétaire du bar Genet où elle travaille. Cette relation provoque la jalousie de la maîtresse de Gonda, Leda, drag-queen plus âgée et matrone du bar. Eddie et Gonda se demandent alors comment se débarrasser de cette dernière…


Pour la 1re fois au cinéma en version restaurée 4K le 20 février 2019

Premier long-métrage de Toshio Matsumoto, cinéaste japonais venu du documentaire et de l’expérimental, Les Funérailles des roses dresse le portrait sans fard de la communauté des drag-queens tokyoïtes à la fin des années 1960. Cette réécriture pop et hybride du mythe d’Oedipe est à la croisée de plusieurs genres.

Le premier est d’ordre documentaire puisque Matsumoto s’attache à décrire le milieu homosexuel japonais de l’époque : il offre ainsi les rôles principaux de son film à des acteurs non-professionnels recrutés dans les clubs, et insère au sein même de la narration des témoignages d’anonymes, bouleversants par leur franchise et leur dignité face à la discrimination qu’ils subissent au quotidien.

Le deuxième est d’ordre militant puisque le cinéaste fait converger les luttes et les avant-gardes, aussi bien culturelles, sexuelles, politiques et cinématographiques. Revendiquant ouvertement l’influence de Jean Genet, en particulier son roman Notre-Dame-des-Fleurs (1943) se déroulant lui aussi dans le milieu travesti, Les Funérailles des roses montre la grande créativité et la scène bouillonnante du Tokyo underground où se côtoient drag-queens, jeunes cinéastes expérimentaux et révolutionnaires, et manifestants situationnistes. Tous ces personnages forment une Factory à la japonaise, faisant du quartier de Shinjuku un haut lieu de révolte et de renouveau culturel, où émergent des créatures célestes comme Eddie – clin d’oeil à Edie Sedgwick, l’une des muses de Warhol –, interprétée par le jeune travesti Peter.

Avec son intrigue lorgnant ouvertement vers la tragédie, Matsumoto livre une interprétation baroque et queer du mythe d’Oedipe et fait le choix d’une mise en scène radicale, reprenant des éléments du cinéma expérimental : film dans le film – quelques extraits de précédents courts-métrages du réalisateur y figurent –, accélérés musicaux – que l’on retrouvera plus tard chez Kubrick dans Orange mécanique (1971) –, intégration de bulles de bandes-dessinés directement sur l’image, scènes d’amour surexposées…

Plongée dans la vie des marginaux de Tokyo, Les Funérailles des roses est un document inestimable sur cette période et sur le milieu homosexuel nippon, mais aussi – et surtout – un grand film au langage cinématographique singulier, oeuvre maîtresse de la Nouvelle Vague japonaise, à découvrir pour la première fois en France dans sa restauration 4K !


Voir la bande annonce :


Stéphane du Mesnildot

Journaliste aux Cahiers du cinéma, enseignant à l’université Paris III-Sorbonne, Stéphane du Mesnildot est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes français du cinéma asiatique, et notamment du cinéma fantastique japonais. Auteur des Fantômes du cinéma japonais, Les métamorphoses de Sadako (2011) et du Miroir obscur, une histoire du cinéma des vampires, (2013) aux éditions Rouge Profond, auteur du blog « Journal de l’année des 13 lunes ». Stéphane du Mesnildot est conseiller scientifique pour le cinéma de l’exposition « Enfer et fantômes d’Asie » au musée du Quai Branly-Jacques Chirac (10.04 – 15.07.2018).

Son blog


7 € – 5,50 €


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