FROM MY MOTHER’S HOUSE de Zahava Seewald et Michaël Grébil

En attendant de pouvoir entendre Michaël Grébil en vrai lors de la soirée du mardi 10 novembre au Périscope, on vous propose découvrir un peu son univers au travers de sa collaboration avec Zahava Seewald.

Sorti chez Subrosa en 2013, From My Mother’s House est le second disque de Zahava Seewald et Michaël Grébil, qui fait suite à Scorched Lips, sorti chez Tzadik en 2005.
From My Mother’s House est une invitation à franchir le pont pour que les fantômes viennent à notre rencontre. Mais comme tout ce qui est hanté, on ne sait si c’est une apparition ou une tentative de sauver quelque chose de la disparition, de ne pas laisser cette petite chose disparaître dans les abîmes du temps.
Comme toute relation avec les fantômes, il nous faut un médium. Zahava et Michaël sont ceux qui nous servent de lien entre ces deux mondes. Ils se nous attendent à la frontière. Car ils ont fait le voyage. Mais faire ce voyage n’est pas tout. Ils ont été chercher au fond d’eux-mêmes le tout petit peu plus de courage et de force supplémentaire pour revenir raconter. Ils y sont allé. Ils sont revenus. Ils ont fait le chemin inverse.
Ils sont passeurs. Comme Serge Daney. Comme Eric Dolphy. Comme Charon. Ils arrachent aux griffes du temps des sons, des mots et des images pour les projeter dans l’Éternité. Ils ne laissent pas le passé se l’approprier. Ils lèvent le voile de l’oubli. Mais ce qui était voilé n’était pas absent. Juste non visible pour l’instant.
À une époque où tout est réduit en pièce, lissé, poli, enfoui, la perte de l’oubli est une des choses les plus importantes. Il y a de moins en moins de mémoire et d’imaginaire collectifs. Les évocations contenues dans les pierres des villes disparaissent. Mais les souvenirs dissimulés derrière les rénovations infusent inévitablement dans l’échelle humaine. From My Mother’s House en est une preuve.
Auditeurs de ce disque, nous manœuvrons dans l’obscurité. Guidés par Zahava Seewald et Michaël Grébil, nous avançons sur un fil invisible et précaire entre un perdu et  un imminent.
Deux des nombreux sommets de ce disque à écouter d’urgence : Ono Tovo et Rast Krasan.

« Un soir, le soleil, et pas seulement lui, avait disparu, le Juif s’en alla, sortit de sa petite maison et s’en alla, lui le Juif et fils d’un Juif, et avec lui s’en alla son nom, l’imprononçable, il s’en alla et s’en vint, s’en vint, clopinant, se fit entendre, s’en vint bâton en main, s’en vint foulant la pierre, m’entends-tu, tu m’entends, c’est moi, moi, moi et celui que tu entends, que tu crois entendre, moi et l’autre – donc il s’en alla, on pouvait l’entendre, s’en alla un soir, alors qu’un certain nombre de choses avaient disparu, s’en alla sous les nuages, s’en alla dans l’ombre, la sienne et l’étrangère – car le Juif, tu le sais, qu’a-t-il donc qui lui appartienne en propre, qui ne soit emprunté, prêté et jamais restitué – donc il s’en alla et s’en vint, s’en vint de par la route, la belle, l’incomparable, s’en alla comme Lenz, à travers la montagne, lui que l’on avait laissé habiter tout en bas, là où est sa place, dans les basses-terres, lui, le Juif, s’en vint et s’en vint. »

Paul Celan, Entretien dans la Montagne, 1959

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Et pour en savoir plus sur Michaël Grébil, c’est par ICI.

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