Les Mardis du ZO – 2000 Cinématons

Un film de Gérard Courant
2001 | 1h33
En présence du réalisateur
Dans le cadre du Mois du Film Documentaire


2000 Cinématons est une expérience rare pour un cinéaste de réaliser un film sur un de ses propres films. 2000 Cinématons est un film autobiographique sur mon aventure des Cinématons, commencée le 18 octobre 1977 par mon propre autoportrait. Le film porte un regard rétrospectif sur 24 années de tournages et 2000 portraits tournés durant cette période.
Il me montre au travail en train de filmer les Cinématons des comédiennes Lucia Sanchez et Florence Loiret-Caille et il me met en présence de personnalités (Philippe Sollers, Jaques Dutoit, Joseph Morder, Dominique Païni, Georges Londeix, Alain Paucard, Vincent Nordon) que j’avais filmé 10 ou 20 ans plus tôt. Avec le recul, elles analysent leurs prestations et, plus globalement, l’expérience Cinématon.
Dominique Noguez, hagiographe cinématonien, ponctue chaque séquence par des aphorismes drôles sur les Cinématons.
Une cinquantaine de Cinématons (en extraits et, même parfois, en entier) font partie de 2000 Cinématons.
2000 Cinématons n’est pas ce que l’on pourrait appeler un documentaire sur la série Cinématon mais, plus justement, un film pédagogique sur une expérience unique et révolutionnaire dans le cinéma.


UNE PASSION DU CINÉMA MUET par Camille Aubaude

Après avoir mené à bien deux mille portraits filmés qu’il nomme Cinématons, Gérard Courant présente un long-métrage réalisé en l’an 2000 pour rendre hommage à ceux qui se sont prêtés à l’expérience. 2000 Cinématons est dédié à tous ceux qui n’ont pas encore été « cinématonés », conviant les personnes qui ne se sont pas laissées voir à découvrir cette surprenante collection de portraits. Il les invite à considérer la puissance d’un visage, où liberté et enfermement, délivrance et contraintes se côtoient à l’infini (…).
2000 Cinématons reprend seulement quelques portraits, les deux mille représentant quelques cent trente heures de projection. Philippe Sollers a l’idée astucieuse de donner de lui un portrait gigogne, une infinité de portraits au-delà de son apparence. À la fin, il nous fait comprendre qu’il a joué à garder la pose, le masque délibéré qui évite le moment où ça chavire, où l’on ne reconnaît plus quelqu’un. Le curieux sourire de Jean-Luc Godard, ses yeux qui nous regardent avec tendresse, son visage ainsi filmé, révélé dans l’attente, en disent plus sur lui qu’un long documentaire. Quant à la tête que Gérard Courant donne à Maurice Pialat, ce regard furieux prêt à fusiller l’écran lorsque soudain il se révolte contre la capture de son être intérieur, elle signifie de manière extraordinaire le vol de l’âme par la caméra. On retient aussi les gestes d’une actrice cherchant à casser un cadre qu’elle tient entre les mains. Quand elle sort de ce cadre filmé, c’est un chant du cygne avant de s’effacer. Des effets de surimpression sur des cinématons réussissent à donner aux visages une forme spectrale. Et l’écrivain Georges Londeix laisse sa vie s’engouffrer dans les failles créées par une succession de feuilles de papiers où l’on déchiffre l’histoire de sa vie avec avidité.
Plus qu’une anthologie des Cinématons, ce long-métrage soulève le coin du voile pour indiquer comment Gérard Courant a conçu cet art de l’intérieur. Il manifeste sa passion du cinéma muet dont le climat irréel ne prétend pas copier la réalité mais franchir ses frontières pour lui rendre son éclat et sa lucidité. Joseph Morder dans ses analyses des cinématons déclare : « Ils ne sont muets mais silencieux(…) ».En réunissant les réflexions de ses amis, le réalisateur des 2000 Cinématons reconstitue les aléas du destin qu’il s’est fabriqué, sans se prendre au sérieux et en mettant d’une certaine façon sa vie en danger. Le voilà étendu les bras en croix, sur un sol jonché de caméras, nouveau Christ portant le poids de ses tourments jusqu’au sommet du Golgotha, « triste jusqu’à la mort » puisque ayant voué son existence à cerner les mouvements profonds de la mélancolie. Et la beauté des gens filmés surgit à leur insu, mieux que dans un miroir. Elle triomphe d’eux-mêmes.


4 € tarif adhérents ANIMA | Tarif habituel pour les non-adhérents : 7,50 €/5,50€


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